7 raisons de croire en Dieu

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De plus en plus d’intellectuels ou d’écrivains s’en réclament. Les scientifiques continuent de spéculer sur son existence. Les athées militants contribuent à la polémique. N’en déplaise à Nietzsche, Dieu n’est pas mort. Peut-on raisonnablement faire l’inventaire des raisons d’y croire ? On peut...

1. Parce qu’à l’horloge il faut un horloger

Cet argument est l’un des plus vieux de l’histoire de la philosophie. On le trouve dans la Physique d’Aristote (né en 384 av. J.-C.), disciple de Platon et précepteur d’Alexandre le Grand : tout être en mouvement reçoit son mouvement d’un autre être, tel le stylo qui écrit reçoit le mouvement de ma main. On pourrait remonter à l’infini, de mouvement en mouvement, mais voilà : le monde d’Aristote est clos et fini, d’une rotondité parfaite. Tôt ou tard, il faut bien se heurter à un premier moteur immobile : Dieu.

L’argument sera repris par la théologie chrétienne, mais dans un contexte radicalement nouveau : le monde aristotélicien, tout rond qu’il est, est éternel. Il tourne depuis toujours. Le monde chrétien, au contraire, a surgi un jour des mains de Dieu. L’image d’un Dieu créateur va alors projeter sur le premier moteur l’ombre du mécanicien. La dynamo divine serait derrière l’instant zéro, tapie sous la première seconde de l’univers. Voltaire et les Lumières conserveront cette image : Dieu est un horloger qui, un beau matin, crinqua les ressorts à fond. Et hop, à la bonne heure.

Cette compréhension du premier moteur se retrouve aujourd’hui dans les interprétations religieuses de la théorie du big bang. La dernière découverte, le boson de Higgs, n’est-elle pas surnommée "particule de Dieu" (voir la preuve suivante) ? Rien à voir cependant avec Aristote : son premier moteur n’est pas premier au plan numéraire mais au plan hiérarchique. Surtout, étant immobile, il n’a pas de puissance motrice comme le ressort de l’horloge. Il ne donne pas une chiquenaude au monde pour le mettre en branle, mais il l’enveloppe et l’attire à lui comme le beau attire l’âme. Il transmet le mouvement en suscitant le désir. Il est le bien et la perfection à laquelle l’univers aspire.

2. Parce qu’une particule porte son nom

La “particule de Dieu”, dit-on d’un mystérieux boson. Le papa s’appelle en fait Peter Higgs, physicien britannique qui avait postulé son existence dès les années 1960. Si l’on se réfère à la théorie du big bang, le boson de Higgs permet d’expliquer comment les particules élémentaires ont pu acquérir une masse dans les premiers temps de l’Univers. En 1964, Higgs et deux confrères émettent simultanément et indépendamment l’hypothèse qu’elles auraient “engraissé” en se cognant à un boson qu’aucun physicien n’avait encore jamais rencontré.

Ce qui fut découvert au Cern cet été est un nouveau boson dont il reste à prouver qu’il est bien le fils légitime de son papa. Quant à Dieu, il y a autant d’extrapolations à faire pour arriver à lui que d’intermédiaires à franchir pour avoir un conseiller clientèle au bout du fil de votre opérateur télécom. Reprise dans les médias, l’expression “particule de Dieu” n’est qu’une boutade du physicien Leon Lederman, qui voulait parler de cette “nom de Dieu de particule” que tout le monde cherchait sans succès.

Le juron s’est transformé en action de grâce du fait de la proximité de la théorie du big bang avec l’idée d’un Dieu créateur. Supposant un commencement de l’Univers, cette théorie reste aujourd’hui le modèle dominant en physique. Pour certains fondamentalistes, pas de doute : le big bang est bien le “God bang”. Interprétation peu respectueuse de son inventeur, le chanoine Lemaître (1894-1966), astronome et prêtre catholique. En 1952, Lemaître dut réfréner l’enthousiasme papal devant la rave cosmique devenue une preuve trop tentante : “J’ai dit commencement, je n’ai pas dit création. Personnellement j’estime que [la théorie du big bang] reste entièrement en dehors de toute question métaphysique ou religieuse.” C’est le chanoine qui l’a dit.

3. Sinon tout est permis

“Que deviendra l’homme, sans Dieu [...] ? Tout est permis, par conséquent ? “demande Dmitri Karamazov à Rakitine, jeune arriviste attiré par les sciences nouvelles. “Ne le savais-tu pas ? Tout est permis à un homme d’esprit.” Un siècle avant Les Frères Karamazov, Voltaire se réjouissait déjà que son valet et sa femme crussent en Dieu - il avait l’impression de se faire moins rouler. Vite dit. Depuis les années 1960, sur fond d’éclipse de Dieu et de perte d’aura des sciences, on assiste un véritable renouveau de la philosophie morale.

En France, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, jamais la question du juste et de l’injuste n’a été si disputée ni autant théorisée. Sans référence à une transcendance radicale, mais à partir du libre exercice de la raison. Les voies ne manquent pas, indiquant d’abord des styles de raisonnement, des postures : peut être qualifié de moral un acte dont l’impact augmente le bonheur collectif (utilitarisme), respecte des principes moraux qui se trouveraient à l’intérieur de la raison (morale déontologique) ou contribue à la réalisation de soi (éthique des vertus). De son côté, l’éthique évolutionniste - courant de pensée qui inscrit l’apparition de la morale dans l’évolution des espèces - est revenue depuis les années 1980 au premier plan des débats philosophiques. Elle avait été laissée en jachère un demi-siècle durant, après les tentatives darwiniennes de trouver chez certaines espèces animales les prémices de la moralité humaine. L’idée, à nouveau, fait son chemin : ne peut-on déceler dans le comportement des chimpanzés des traces d’empathie, une capacité à se consoler, à se réconcilier, à traiter les membres handicapés du groupe de manière particulière ? Alors, sans Dieu, tout est permis ? Le bonobo rit de toutes ses belles dents blanches.

4. Parce que le diable existe

L’inverse est plus naturel : l’existence de Dieu n’est-elle pas contredite par un monde où des enfants sont torturés ? C’est l’objection du docteur Rieux au père Paneloux dans La Peste (1947), de Camus. Mais, paradoxalement, le mal qui défiait Dieu semble être dans nos discours la dernière trace d’une transcendance. Alors que pour les Anciens le mal était sans profondeur, un simple trou d’être, il retrouve aujourd’hui la figure du sacré. Qu’on se rappelle les Unes du 11-Septembre : “Au-delà du crédible”, “Indicible”.

Loin des gros titres, la mémoire de la Shoah est le lieu également d’un langage intransitif, dressé à la verticale du monde. Pour s’opposer en 1994 au film de Steven Spielberg La Liste de Schindler, Claude Lanzmann rapatrie les mots et les interdits de l’absolu : “L’Holocauste est d’abord unique en ceci qu’il édifie autour de lui, en un cercle de flammes, la limite à ne pas franchir parce qu’un certain absolu d’horreur est intransmissible. La fiction est une transgression, je pense profondément qu’il y a un interdit de la représentation.” Ce langage de l’extrême laisse l’horreur en suspens, l’empêchant de se dissoudre dans les aléas de l’Histoire ou les explications sociologiques. Cette expérience moderne n’est pas une question de nombre de morts, de degré de souffrance, puisque cela contredirait la notion même d’absolu. Mais sur quoi fonder un tel discours, sinon l’impossibilité de tout autre discours ? Face au mal, la raison n’offre que deux possibilités : en reconnaître malgré tout la “banalité” - c’est le regard qu’Hannah Arendt porte sur Eichmann lors de son procès à Jérusalem : portrait d’un homme “tout à fait ordinaire, comme tout le monde, ni démoniaque ni monstrueux” - ou affirmer la possibilité de sa radicalité, au risque de l’absolu. Lire la suite sur L’Express.fr

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