Travail au noir : le rapport qui brise les clichés !

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Prés de 2,4% des salariés en France ont recours au travail dissimulé, selon un rapport de la Sécurité sociale, publié le mois dernier. Cette enquête, qui brise le cliché du “sans-papier voleur d’emploi français”, témoigne des difficultés économiques que traverse la France.

L’Accos, la banque de la Sécurité sociale, a publié jeudi 2 Août, un rapport sur le travail dissimulé en France. Une sorte “d’opération vérité” qui détruit le stéréotype de l’immigré sans papier “fraudeur” et “voleur” du travail des français !

Après cette nauséabonde campagne présidentielle et législative, l’enquête tombe à point nommé ! Mais inutile de dire, qu’en période estivale, le sujet est passé quasi inaperçue. D’où l’envie de relancer ce thème dans le débat public…

Que dit ce rapport ? Environ 7,3% des entreprises ne déclarent pas un employé, soit 2,4% des salariés français. La majorité des patrons respectent donc les règles du droit social ! Néanmoins, prudence : cette première enquête effectuée à l’échelle nationale est sans doute sous-évaluée.

Le secteur du BTP “particulièrement touché par le travail au noir”, selon le sociologue El Yamine Settoul*, n’a pas été inspecté. De plus, les contrôles n’ont jamais été fait “durant le week-end ou tôt le matin”, périodes pendant lesquelles “il est vraisemblable qu’une grande partie des travailleurs non déclarés soient présents dans l’établissement”.

Reflet d’un pays en crise

Les régions les plus touchées par ce phénomène sont l’île de France, la Bretagne et le Grand Sud. Dans le TOP 3 des secteurs d’activité concernés, l’on retrouve les métiers de l’hôtellerie et de la restauration (6% des employés), suivi du commerce de détail alimentaire (5,5%) puis de l’esthétique et de la coiffure ( 4,2%).

Les personnes qui ont recours au travail non déclaré sont majoritairement les seniors, touchés de plein fouet par le chômage, et les jeunes de moins de 18 ans. “Ces chiffres reflètent les réalités économiques de notre pays” qui voit son “marché de l’emploi se précariser”, affirme Mr Settoul. Rappelons que dimanche dernier, le ministre du travail, Michel Sapin a annoncé que la barre des 3 millions de demandeurs d’emploi avait été franchie au mois d’août.

“Compte tenu du code du travail assez complexe qui régissent le travail des moins de 18 ans, il est plus simple pour une entreprise de ne pas déclarer son employé”, explique le sociologue. Concernant les seniors, les différents types de contrats privilégiés de cette tranche, type CDD ou Intérim, sont d’avantage concernés par le travail au noir.

Du coté des autres salariés, il s’agit le plus souvent d’heures supplémentaires payées de la main à la main. C’est le cas de Brigitte, célibataire et infirmière à l’APHM ( Assistance Publique - Hôpitaux de Marseille) qui fait des “extras” pour mettre “du mettre du beurre dans les épinards”. “Nous sommes matraqués par les impôts. Tout augmente : le téléphone, le loyer, l’essence… A la fin du mois, il ne nous reste plus rien pour faire des sortis, pour vivre ! Alors le week-end, je travaille dans un restaurant”.

Gare aux clichés !

Cette enquête détruit l’idée du sans-papier fraudeur. Si certes, les filières de travail illégal existent, certains hommes politiques se focalisent dessus de manière subjective, cultivant la division de la société et la xénophobie.

L’année dernière, un rapport de la MECCS ( Mission d’évaluation et de contrôle des lois de financement de la Sécurité sociale) a évalué la fraude aux cotisations sociales. Avec seulement 28 auditions et 6 déplacements en région, le député UMP Dominique Tian, responsable de cette mission, a estimé à 18 milliards la fraude des entreprises qui ne cotisent pas.

Ce député marseillais, membre du collectif “la droite populaire”, l’aille droite de l’UMP, estime que “les patrons ne sont pas responsables mais victimes du travail au noir” ! Et de pointer du doigt “les filières” clandestines de travailleurs sans papiers.

Une “stigmatisation” qui répond à des intérêts électoraux, selon le sociologue El Yamin Settoul. Espérons que l’étude de l’Accos s’étoffe, se précise et qu’une longue série d’autres enquêtes lui emboite le pas… “La vrai puissance reste la connaissance”, scandait le philosophe Francis Bacon.

*El Yamine Settoul, enseignant à Sciences Po Paris, spécialisé dans l’immigration et la diversité dans l’armée.

* Les Urssaf ont effectué des contrôles aléatoires sur un échantillon représentatif de plus de 4.000 établissements employant quelque 13.000 salariés.

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