“J’irai me prostituer en Europe”

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Malgré la crise qui secoue l’Europe tout entière, malgré le retour humiliant à la case départ de certaines aventurières refoulées, l’Europe continue de faire rêver une jeunesse africaine en détresse et en panne de solutions pour l’avenir. La France, la Suisse, la Belgique sont les destinations privilégiées des aspirantes-prostituées et autres “kamikazes” noires.

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Alors que les politiques d’immigration européenne font grincer les dents des ONGs droits-de-l’hommistes, des milliers d’Africaines continuent de passer par les mailles du filet, par le biais des réseaux maîtrisés, et continuent d’aller et de venir sans grandes difficultés, ou en assumant parfaitement les obstacles et les humiliations qui se posent à elles.
Au Cameroun, il n’est pas jusque dans les textes des chanteurs populaires où l’apologie de la prostitution semble se faire. La société camerounaise est très laxiste face à ce type de comportements. Les “réseaux” d’émigration ne sont pas toujours des réseaux de clandestinité. Dans certaines familles, les maquereaux sont des mères qui n’hésitent pas à s’endetter au-delà de ce qu’elles ne pourront jamais rembourser. Des foyers avec des économies de bout de chandelle finissent toujours par constituer un pécule, véritable trésor de guerre.

Dans certains cas, de vrais faux dossiers pour études, regroupement familial, sont montés et échappent à la vigilance de Campus France et de l’Ambassade. Une partie ces jeunes étudiantes n’a pour seule ambition que de “se chercher” sur place.

“Le destin de la femme est de se prostituer”

Selon Nina, lycéenne de 23 ans, “ toutes les femmes sont au moins des occasionnelles. Prostituer n’est pas tuer. Le destin de la femme, c’est de se prostituer”. Elève en terminale A (lettres-philosophie) au lycée de New Bell, c’est son “gars” (petit ami) qui s’occupe de sa scolarité. Celui-ci du reste est parfaitement ignorant de ses rêves de voyage. En raison des visites régulières de sa tante et quelques cousines qui lui en jettent plein la vue quand elles sont au pays, en raison de la télévision qui lui présente un monde plus blanc que blanc, elle croit qu’elle ne fera pas partie de la minorité de ceux qui ne s’en sortent pas.

Elle rêve depuis toute petite (elle-même n’arrive pas à situer la genèse de son projet) de se rendre en Suisse après l’obtention de son bac. Avec l’aide de sa mère, une veuve, qui en a vu d’autres et sait que la vie est dure partout, mais sans doute moins en Europe. Sa tante complice, l’y attend déjà. “Je ne me fais pas d’illusions, je sais que je devrais vendre mon corps,” mais ajoute la lycéenne “pour un temps seulement. Les kamikazes se tuent, moi je ne ferai que le prêter. J’irai me prostituer en Europe.”

La jeune femme n’a pas l’intention de faire carrière dans la prostitution. Elle pense “faire des affaires” plus tard, “faire la ligne Paris-Douala-Paris”, se marier avec un homme qui saurait s’occuper d’elle, avoir des enfants et construire une maison plus décente à sa famille restée au pays. Bref une reconversion viendra toujours assez tôt.

Les jeunes Africaines donnent parfois l’impression de se prostituer parce qu’elles aiment le sexe d’une part et elles tiennent à ce qu’on sache qu’elles voudraient “par la prostitution sortir leur famille de la pauvreté” d’autre part. Il y a une ambigüité qui fait dire que c’est souvent la pauvreté et la détresse sociale qui les y poussent une fois sur deux, et aussi, notamment l’ambition, c’est-à-dire la prostitution de filles qui ont le minimum sont plutôt instruites et s’en sortent relativement bien.

Nina est au Lycée de New-Bell, à Douala. Elle n’a pas honte de donner son nom. La jeune femme a des bijoux, des chaussures et une coiffure que ne peuvent se permettre ses camarades, même celles issues de familles les plus aisées. Et il gravite autour d’elle quelques unes d’elles qui l’écoutent avec intérêt et soulignent chacune de ses affirmations de rires d’adhésion et de hochements positifs de la tête. Son âge, son assurance et les petits cadeaux venus de Suisse ou de son petit ami suffisent, en dépit de ses mauvaises notes, à la poser comme un modèle.

A ses côtés, ses camarades ne condamnent pas la pratique, et restent généralement peu bavardes si on convoque leur opinion. Elles veulent juste savoir si l’on a un “réseau vite et pas cher”. “Prostituer n’est pas tuer” dit, en passant, celui que ses camarades surnomment “Socrate”. 

“Partir pour revenir... riche” ?

Au Cameroun, elles veulent partir et ne jamais revenir, pour fuir la misère. Et même quand on a pu assurer son quotidien, on rêve à autre chose. Partir pour faire comme celles qui reviennent construire des villas, des immeubles. Elles ne s’en cachent pas : “c’est l’argent de la prostitution”.
Nina voudrait au plus profond de son cœur, partir pour revenir riche et estimée, avec un vrai statut social. Elle n’exclue même pas de faire de longues études. Mais elle oublie facilement qu’il s’agit d’un engrenage d’une machine dont qu’elle ne sera qu’un maillon futile.

Voir l’Europe ou mourir en essayant

“L ’Europe est un mythe” que perpétue tous ceux qui y vont et ne rendent jamais compte que de leurs succès en taisant leurs échecs. Celles qui ont pris le parti de l’aventure ne peuvent être convaincues de rien, tant est gravé dans leur esprit l’image de parents distribuant des “euros”, envoyant des “western union”, construisant des “châteaux”.

Elles répondent invariablement : “qui a vu ?”, si leur sont racontés les supplices des sans-papiers où l’enfer sans fin que certaines prostituées vivent au quotidien. “Les exemples autour de nous sont concrets”.

Il manque en effet des témoignages de celles pour qui l’Europe a été une horreur. Elles ne sont pas crédibles tant qu’elles témoignent à partir de l’Europe, parce qu’on demande pourquoi elles ne reviennent pas au bercail si c’est si dramatique. Quant à celles qui sont retournées au pays, elles se cachent de honte ou souvent sont les premières à se battre pour repartir.
Ce que l’on perd de dignité, ce que l’on subit de souffrances psychologiques et physiques, ce que l’on dégrade de sa santé, valent-ils ce que l’on construit, ceux que l’on perd du fait de la distance ? La prostitution est un miroir aux alouettes, franchir le pas est relativement aisé, mais sortir de la spirale est une gageure. Mais quand les mots ne suffisent plus à refréner des rêves suicidaires, à quels saints faut-il se vouer ?

5 Messages

  • “J’irai me prostituer en Europe” le 24 mai 2012 à 17:48

    A Monsieur Eric Essono,

    De grâce, halte à la stigmatisation !
    Si votre enquête est basée sur des faits réels, au nom de l’honnêteté intellectuelle due au métier d’observateur de la société, il convient de préserver une neutralité certaine sur les faits observés. L’observateur ne saurait être le censeur.
    Le ton acide et ascerbe qui jalonne vos propos fait de votre texte un condensé de critiques généralisant un comportement social prétendûment accepté et entériné par tous... Sauf par vous biensûr.

    Il paraît opportun de s’interroger véritablement si le phénomème social que vous décrivez, aussi répréhensible soit-il, relève d’un véritable choix d’existence ou bien de situations subies du fait d’un contexte social et sociétal difficile et contraignant.

    Ne vous est-il pas apparu que celles que vous décrivez ont sans doute dans leur tendre enfance rêver d’une vie où le sexe serait juste une affaire de plaisir et/ou de bien-être ? Etant entendu qu’elles auraient eu d’autres moyens de subsistance.
    Car c’est bien de cela qu’il s’agit : la subsistance. Chacun ou chacune plaçant le curseur où il le souhaite.

    N’y voyez là aucun angélisme, mais un réalisme aussi fort que la réalité apparente que vous décrivez. Votre enquête est la face visible de l’iceberg.
    La face invisible étant une sorte " d’institution sociale" marquée par son caractère contraignant et nourrie par la société et son histoire. Société dans laquelle nos consoeurs produisent ce que la société attend d’elles, où le fait social s’impose à elles, qu’elles le veuillent ou non.
    Biensûr en apparence tout celà semble relever d’un choix de vie mais notre cher Emile DURKHEIM analyserait celà mieux que nous. (cf Théorie de l’institution sociale).

    Tout en saluant votre article- photographie partielle et partielle- qui a le mérite d’évoquer sans pudeur un phénomène social critiquable par plusieurs aspects, je tiens à dire que "J’irai me prostituer en Europe" n’est pas un choix d’existence.

    M. ESSONO, l’heure n’est pas à la morale mais à la nécessité de rétablir les rêves de ces jeunes femmes. Vaste entreprise me direz-vous ! Elle est sans doute moins aisée que la critique acide à laquelle que vous vous livrez. Mais j’ose croire qu’il y aura une suite plus constructive à vos propos.

    De grâce, reprenez votre plume.
    Merci d’avance.

    Une lectrice assidue.

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    • “J’irai me prostituer en Europe” le 24 mai 2012 à 19:09, par Constancemag.fr

      Chère lectrice assidue, Je m’empresse de vous répondre.

      Pour à la fois me féliciter de ce que vous nous suivez et vous savoir gré de votre assiduité. Maintenant le papier que vous évoquez est comme vous l’avez relevé un reportage (basé donc surtout sur "la réalité apparente". pas un jugement (de valeur).

      La multiplicité des trajectoires et des parcours, la psychanalyse seule peut l’établir, nous nous sommes contentés de décrire des choses vues (si difficiles que puisse être leur réception) et le drame est bien que certaines, dès leur tendre enfance, en sont aujourd’hui à tolérer voire envisager l’idée de se prostituer.

      La morale et la loi sont quasi inexistantes dans l’univers décrit, mais il faut refuser l’idée que l’"on n’a pas le choix". Lire justement Durkheim au chapitre du déterminisme psychologique. L’auteur que vous avez cité considérait que les "motifs particuliers et individuels" sont des prétextes ou des occasions, mais non des causes ! Bonn fin de journée.

      Eric Essono Tsimi

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  • “J’irai me prostituer en Europe” le 31 mai 2012 à 12:31, par Marie jo

    cette gamine ne voit pas l envers du decor.elle croit que les putes sont heureuse et quand elle va partir en europe elle va voir loreur qu on vois tous et toute a la télé et elle ne poura meme plus rentré au pays parcequ elle va avoir honte.ca me fait mal de lire sa parcequ on voie tres bien qu elle ne se prostitut meme pas encore ici et qu on la met des idé dan la tête pour qu elle parte la ba se vendre.on conai tous la vie ici pour savoir que meme les femme mariés ici vont faire sca en europe pour rentré avec l argent et construir les chose ici.je ne sais même pas si on les envi ou bien on comprens que la vi c est dur.en tout cas je dis bravo il fo encore continué de parler de tout sa pour la jeunesse d aujourd hui doi savoir que c est pas bien pour et sa traumatise

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  • “J’irai me prostituer en Europe” le 8 août 2012 à 19:12, par paco

    Les gens sont libre de faire c qu’ils veulent...vive la libertééééééé.....il y en a qui n’aiment pas vivre leur vie ,
    être libre , choisir avec qui on veu coucher , et surtout faire payé sa partie d plaisir à ses monsieurs ..

    Laissons tranquille la jeunesse Africaine car on le sais qu’en Europe Les filles de L’Est parcourt toute l’Europe pour la prostitution et alors ?

    Moi je trouve courageuse ses filles Africaines , puisque même en France , beaucoup d’étudiantes Francaises
    se prostituent pour pouvoir payer leur loyer ou leur chambre de bonne ,..
    donc pour cette raison , je pense que les jeunes filles Africaines sont courageuse , et qu’on les laisses tranquille .

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  • “J’irai me prostituer en Europe” le 7 novembre 2012 à 14:02, par lemrick

    elles ont raison c’est le cul qui mène le monde...................c’est la famille le proxénète de ces filles

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