Mesdames … A vos pagnes Toutes !

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“Jamais sans leurs pagnes” pourrait être l’antienne de la journée du 8 mars en Afrique subsaharienne. Cette année encore, comme depuis plusieurs décennies, aucune d’elles n’a dérogé à la tradition. Elles arborent fièrement cette étoffe, habit de lumière de bonne facture environ 4,50€, en cette Journée internationale de la femme.

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Le pagne est imprimé en plusieurs couleurs, floqué d’effigies, de messages de luttes et d’espoir de changements. Il semble créer de véritables grabuges parmi les femmes, tant elles le plébiscitent.

L’engouement qu’il suscite chez ces dames est tel qu’il s’agit d’un phénomène de société de l’autre côté de l’Atlantique. Phénomène qu’il paraît intéressant de décrypter.

Le “it pagne”, l’habit de lumière du 8 mars

Dans les boutiques et les rues de Yaoundé ou de N’Djamena, il déchaîne des foules de dizaines de femmes. Elles se l’arrachent. En témoigne la scène de liesse à laquelle nous avons assisté, lors de l’ouverture des ballots le 1er mars dernier.

La commercialisation se fait dans plusieurs lieux. Les vendeurs agrées ou à la sauvette trouvent leurs comptes, les affaires sont bonnes. Ces derniers jours, le tissu s’est raréfié dans les villes. Cette pénurie - oh combien désagréable - a poussé certaines femmes à se rendre dès les premières heures de la journée dans les différents lieux de vente, pour essayer de s’en procurer. A Bertoua dans l’Est du Cameroun, on a parfois frôlé le crêpage de chignons lors d’une distribution collective.

Dans les rues de Bamako, Dakar, Lomé, Ouagadougou ou Douala ou Yaoundé, des défilés ont lieu ce jour. Elles viennent des villages et des contrées voisines. On n’y croise tous les âges, de tous les horizons socio professionnels : de la femme rurale agricultrice à la citadine juriste, commerçante, femme politique, enseignante, femme au foyer, coiffeuse, artiste ou sportive.

La parade yaoundéenne est très animée. Des chants féministes et d’apologie à la famille sont entonnés, entraînant ainsi les foules dans des pas de danses rythmées par des balafons et autres instruments locaux. Aussi surprenant que cela puisque paraître, il est même question de chanter leur amour pour leurs hommes, car quelques-uns sont évidemment de la partie. C’est bien la fête du peuple. A quelques variantes culturelles près, l’ambiance est la même à Ouagadougou ou à Libreville.

Spectateurs de ces scènes festives, si on comprend aisément la ferveur déclenchée auprès des femmes par ce jour mondialement célébré, l’on peut se demander pourquoi les femmes africaines paradent toutes dans ce qui apparaît quasiment comme l’uniforme d’un jour. Bien sûr, chacune s’est fait confectionner une robe, un boubou, un tailleur qui lui tombe à la perfection… Vanité quand tu nous tiens ! C’est aussi la parade de la femme dans toute sa frivolité.

“Le pagne du 8 mars : une symbolique forte pour la JIF”

Il faut dire que pour la femme en Afrique, plus qu’une parade dans une nouvelle tenue, arborer le pagne du 8 mars le jour-j est un signe ostensible de militantisme et un engagement manifeste de son combat pour ses droits.

Au-delà de la frivolité et de la légèreté de la manifestation, l’heure est grave. Même si la bataille contre les inégalités se fait en chansons, elle n’est pas moins ténue et les messages véhiculés en ce jour sont nombreux.

Evoluant dans un monde où les coutumes, les traditions et les différences culturelles semblent justifier une infériorité décrétée par les hommes, la femme africaine se bat pour son émancipation. La répudiation de l’épouse, cette arme fatale que seul Monsieur peut dégainer pour se séparer de Madame sans cause justifiée en droit sévit encore. Le sexisme ambiant où l’instruction fait de nous des êtres potentiellement dangereux pour l’hégémonie masculine est un fléau enraciné.

Le droit de la famille, le droit des successions en cas de décès du conjoint, la polygamie, les violences conjugales sont des terrains de bataille de la femme africaine. De ce point de vue, les progrès pour la femme occidentale sont patents. Loin d’établir une comparaison stérile, cela constitue le signe que cet état de fait n’est pas une fatalité. Les changements sont possibles, alors retroussons nos jupes !

S’agissant de ses droits économiques, si la lutte contre la pauvreté est un terrain unisexe, la femme africaine, bien que très exposée aux difficultés économiques, a su développer des capacités de débrouille hors pair. En fait le monde économique officiel lui octroie une place toute relative. Mais c’est ignorer sa capacité à créer des richesses. Elle est au cœur d’une économie souterraine d’ampleur qui pourvoit à la fois au bien-être de famille et à l’éducation des enfants, suppléant même très souvent l’homme dans ses responsabilités de “bon père de famille” (code civil). De la commerçante sédentaire à la vendeuse de porte à porte, elles tiennent les cordons de la bourse et les affaires tournent au rythme des aléas du Marché. Cette experte en finance et en gestion du patrimoine a besoin d’une reconnaissance et d’un statut qui protège ses droits sociaux.

Par ailleurs, le monde politique affiche un volontarisme appréciable. Pour preuve l’existence d’un Ministère de la condition féminine – les appellations diffèrent selon les pays – depuis plusieurs décennies en fait une institution reconnue. Mais l’on est contraint de s’interroger sur son poids sur l’échiquier politique. A l’heure actuelle, si ce poids se mesure aux droits acquis par les femmes, la conclusion est que cette institution est encore un nain politique. Son poids se joue actuellement sur le boulevard du 20 mai à Yaoundé.

Les combats quotidiens des africaines, les messages très sommaires imprimés sur le pagne africain du 8 mars sont identiques à ceux menés par la femme occidentale ou orientale. En effet, quand la mode vestimentaire, même d’un jour, dépassent les cultures et les frontières, elle est universelle. En cela, le pagne du 8 mars est universel et le combat de la femme l’est tout autant.

Le pagne du 8 mars emporte une symbolique forte. Mais, en ce jour de fête, il est le manifeste tonitruant d’un droit gagné pour toutes : le droit d’être une femme.

1 Message

  • Mesdames … A vos pagnes Toutes ! le 20 mars 2012 à 17:00

    La femme africaine subsaharienne milite avec les armes de sa culture, le pagne en est un. Elle travaille toute l’année pour l’acquérir, preuve que ce trophée d’"un jour" est lourd de symboles, le symbole de la lutte pour son épanouissement. Ne vous en faites pas, elle comprend bien .... que l’heure est grave et le temps à l’action....

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