Parricide en Corse : le jour où Andy a anéanti les siens

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Sa maison corse était un enclos de bonheur. Une nuit de l’été 2009, ce garçon de 16 ans à la vie si normale a tué son père, sa mère et ses deux petits frères. Un crime rarissime. Son procès, qui démarre ce lundi, tentera de lever le mystère.

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Cette nuit-là, un enfant, ou à peine un peu plus, a saccagé son jardin et sa famille idéale. Le 12 août 2009, Andy F., 16 ans, s’est réveillé à 3 heures du matin, a empoigné un fusil dans le râtelier du salon et a logé une balle dans la poitrine de son père, de sa mère et dans la tête de ses deux frères jumeaux de 10 ans, gommant ses origines et sa généalogie. Ce lundi 12 novembre, la cour d’assises des mineurs d’Ajaccio plonge au coeur de ce double parricide élargi à la fratrie, le crime le plus achevé et le plus énigmatique qui soit. L’histoire d’un gentil fils de famille, harassé de démons, qui a renversé l’ordre du monde.

Il pleut sur le maquis, ce matin d’automne. Une pluie tenace, qui borne l’horizon. C’est ici, sur les hauteurs de Porticcio. Un portail blanc en PVC. Une rampe de béton, mangée par la végétation. En haut, la maison aux stores baissés. Et des rires de gamins blonds, qui s’écoulent dans le caniveau.

Cet été 2009, Patrice, commercial à Corse Hebdo, vient tout juste de finir la véranda. Avec Nadine, une jolie femme aux yeux azur qui rit tout le temps, ils ne vivent que pour ça, leur cocon familial. Elle a quitté son travail de secrétaire médicale à la naissance d’Andy. Elle l’a tellement attendu, ce bébé. Il est arrivé comme un miracle au bout de dix ans de mariage. Leur “perle”, ils l’appellent.

Il entre à peine dans l’adolescence, avec sa silhouette d’elfe, joue au tennis, tourne entre 14 et 17 de moyenne au collège, puis au lycée. Les profs le disent “sérieux, appliqué”, les copains, “super sympa”. Un bonheur d’éducation. Un monstre de normalité. Des membres de la famille ont bien décelé, avec le recul, un sourire un peu figé, une amabilité distante, froide. Mais qui aurait pu se douter ? A côté, les petits frères, Liam et Duane, grandissent comme des feux follets. Il faut les voir dévaler la pente quand la factrice arrive, avec ses bonbons.

Impossible de décrire l’horreur de la scène que les gendarmes ont découverte, la nuit du 13 août. Gisant sur le lit, baignant dans leur sang, les parents, sur le ventre, un oreiller contre le visage du père. Dans la chambre d’à côté, les jumeaux, sur leur couette à fleurs, le crâne éclaté. Les quatre corps ont été retournés, selon le légiste. “Faux”, dit Andy.

“C’est comme s’il y avait un jardin tout beau et que j’avais tout détruit, sans motif”, a-t-il expliqué aux enquêteurs, d’une voix calme, après que son oncle l’eut retrouvé errant dans la nuit sur la plage et amené aux gendarmes. “Je me sentais comme un robot. Il y avait quelqu’un d’autre à ma place.” Un autre Andy, qui mouline sa rage et son abandon entre les murs de sa chambre.

Quelques heures avant le séisme, à 22h15, ce 11 août, l’adolescent est encore en train de chatcher sur Internet avec une copine. Dialecte SMS. Facéties adolescentes. Il pianote : “Demain, je vais à Vizzavona”, en balade. Demain sera un autre jour.

La journée avait été belle. Plage, pour Andy et les parents. Barbecue chez les voisins, le soir, pour Nadine et Patrice, pendant que l’aîné s’occupe de ses frères à la maison. Les parents poussent la porte vers minuit et demi. Tout le monde au lit. La suite appartient à Andy. Il n’y a plus personne pour témoigner.

Il s’est réveillé vers 3 heures du matin. Depuis des semaines, il dormait mal. Il avait cru voir un rôdeur près de la maison, dix jours avant. Il a tourné dans son lit, écouté de la musique. Puis il s’est levé, s’est emparé de deux sacs qu’il a fourrés, l’un, d’habits, l’autre, d’un ordinateur, de cartes d’identité, cartes bleues... Il est passé devant le râtelier du salon. Voyant le fusil, il a eu “envie de tirer avec”. Il a fermé les fenêtres, mis des gants de cuisine, est allé dans la chambre des parents. Son père s’est réveillé, l’a regardé. “Pam pam”, comme il dira plus tard, à une copine. Il a entendu ses frères gémir, les a achevés. Dans le coffre des parents, il a pris 2500 euros. A 4h15, il a composé le 17, les gendarmes. “Au secours, il y a quelqu’un chez moi !” a-t-il hurlé, avant de fuir. Pas bien loin.

Une envie de tuer tout ce qui bouge, depuis la sixième

Le lendemain, il divague. Se rend chez une amie, lui avoue tout, dit qu’il ne veut “aller ni en prison ni chez les fous” - c’est l’alternative qui s’offre à lui. Ensuite, il appelle deux autres copines, pour leur raconter tout. Etrangement, les deux sont des “ex”. Des flirts avortés peu auparavant, qui l’ont laissé K.O. Avec des envies désespérées de meurtre, exprimées dans des conversations sur Internet.

Il a mal (“La vie, c’est un véritable calvaire”). Il se dit “maudit de l’amour”, sadise, en fantasmes, les filles qui l’ont rejeté (“Si elle vient me parler, je lui pète la trachée” ; “M., j’ai envie de la faire vivre dans la souffrance la plus extrême”). A l’une, il a confié avoir envie de tuer tout ce qui bouge, depuis la sixième. Sur Facebook, il écrit : “La mort a des milliers de visages, mais le mal, un seul.” En février, il y a posté une photo de lui, arme à la main, devant le cadavre d’une vache. Dans ses films favoris, Hitman, un tueur à gages, disparaît une fois sa mission accomplie, tandis que dans Mr. Brooks, la nuit révèle les envies de tuer d’un mari idéal. Andy joue aux jeux vidéo une heure et demie par jour. Il s’y défoule dans la mise à mort, note un expert, s’identifie à des psychopathes que rien ne touche, anesthésie son angoisse et sa béance identitaire, oscille entre toute-puissance et déréliction (“Je ne vaux rien”, “Je serai le type le plus dangereux au monde”). Lire la suite sur lexpress.fr

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